M. K. ADHIKARI. 2000. — Mushrooms of Népal. 236 pages.
Édité par G. Durrieu ; ISBN - 99933-545-0-3.
Le livre de Mahesh Kumar Adhikari, rédigé en anglais, représente la première contribution synthétique sur la fonge népalaise. Ce pays, extraordinairement varié sur le plan biogéographique malgré sa petite taille (885 x 144-240 km), recèle un potentiel mycologique considérable. Il est couvert à plus de 40% par des formations forestières et ses milieux naturels couvrent la forêt tropicale, diverses ceintures altitudinales correspondant à des zones climatiques distinctes (subtropicale, tempérée, subalpine, alpine) jusqu'à la haute montagne himalayenne culminant à l'Everest.
Après la présentation géographique et climatique du pays, l'auteur rappelle l'histoire des investigations mycologiques le concernant. Il faut souligner que l'auteur lui-même est largement impliqué dans la recherche mycologique actuelle dans son pays et que ses propres explorations viennent largement enrichir les connaissances sur cette diversité fongique.
Deux chapitres constituent ensuite le catalogue des espèces de champignons supérieurs connues au Népal, les Ascomycotina d'une part (p. 19-32) et les Basidiomycotina d'autre part (p. 33-142). Ce catalogue se présente comme une liste rangée par groupes systématiques (avec répartition selon les ordres) avec, pour chaque taxon, l'écologie et la distribution globale connue, ainsi que les références bibliographiques le citant pour le Népal. Quelques indications occasionnelles sur les altitudes, les hôtes précis pour les espèces croissant sur végétaux, etc., sont ajoutées. Cette liste réunit des espèces d'affinités variées : on peut y trouver des taxons typiquement asiatiques mais aussi beaucoup de noms correspondant à des espèces européennes. Au sujet de ces derniers, il est vraisemblable que la poursuite des recherches et la comparaison des spécimens népalais avec des récoltes européennes permette de mettre en évidence, dans de nombreux cas, des endémiques ou des taxons vicariants. Quelques récoltes non déterminées (peu nombreuses) sont également signalées. Certains genres sont étudiés de manière plus approfondie (Amanita, Russula, Lactarius, Gastéromycètes) et des clés d'identification sont alors ajoutées. Des photographies en noir et blanc illustrent ces deux chapitres qui rassemblent 1250 espèces, ce qui représente donc le patrimoine fongique népalais actuellement connu.
Un intéressant chapitre sur l'ethnomycologie népalaise est ensuite proposé au lecteur ; on y parle surtout des espèces comestibles consommées, parfois vendues sur les marchés, mais aussi de champignons utilisés en médecine traditionnelle, pour la préparation de plats ou boissons fermentes, etc. Une enquête sur la récolte et la commercialisation des champignons locaux est ensuite menée et les résultats d'analyses de valeur nutritive des espèces comestibles utilisées par les populations locales constituent les deux chapitres suivants.
L'auteur propose ensuite une étude écologique du patrimoine fongique népalais. Des tableaux présentent les chiffres de la biodiversité, les corrélations entre la fonge et certains paramètres comme l'altitude, la végétation phanérogamique, les données climatiques et pédologiques, les zones biogéographiques, etc. Les genres Amanita et Russula sont considérés à part dans cette étude, de même que les champignons ectomycorhiziques, en tant que groupe fonctionnel intéressant le fonctionnement des écosystèmes.
Les conclusions insistent sur le fait que beaucoup reste à faire, en terme d'explorations complémentaires (des zones complètes étant encore vierges), de groupes taxonomiques à étudier, pour mieux appréhender la diversité de cette fonge particulière au Népal. D'autre part, il est intéressant de constater que l'approche écologique (déjà suffisamment rare dans le contexte d'une première synthèse nationale relative à un pays encore sous-exploré pour être signalée) se termine par des considérations sur les menaces que l'exploitation irrationnelle de la forêt font peser sur les champignons. Ce souci conservatoire, apparaissant dès l'origine des démarches inventoriales préliminaires est remarquable et doit être encouragé.
Une riche bibliographie (p.207-216) et une section iconographique qui réunit 41 photographies en couleur (de champignons mais aussi de 4 timbres népalais représentant des champignons et de quelques scènes domestiques prises sur le marché de Kathmandu) clôturent ce petit livre qui, sans être un guide au sens habituel du terme, constitue un témoignage intéressant et recommandable à tout mycologue intéressé par ce qui se passe dans des régions lointaines.
— R. Courtecuisse, Bulletin de la Société Mycologique de France 117 (1) 40- 41, 2001